" Il ne faut pas
rester seul avec sa maladie "
Entretien avec Renée et Pierre. Tous deux
sont atteints de la LLC. Ils suivent leur traitement
ensemble, ce qui leur apporte beaucoup de réconfort.
Pouvez-vous nous
expliquer comment vous avez vécu
la découverte de votre maladie ?
Renée : Ça s'est fait doucement.
A l'époque j'étais suivie pour un problème
de diabète et en faisant des analyses de sang,
nous nous sommes aperçus que mes globules blancs
montaient régulièrement.
Pierre : Je l'ai très mal vécu.
On l'a découvert avec une prise de sang. Un
médecin m'a fait un prélèvement
de moelle et on a commencé un traitement.
Qu'avez-vous ressenti au moment où vous avez
appris votre maladie ?
Renée : Je l'ai su quelques années
avant qu'on me traite puisque ça a évolué tout
doucement. Quand j'ai entendu le mot leucémie,
j'ai demandé si on allait m'isoler en milieu
stérile, si on allait me faire une greffe de
moelle osseuse.et puis le docteur m'a expliqué que
c'était une autre forme de leucémie et
qu'on interviendrait le moment venu.
Je n'étais pas spécialement fatiguée,
je vivais normalement, je travaillais.
Pierre : Au départ, j'ai cru que c'était
une autre type de leucémie. Et puis mon médecin
m'a dit que j'avais la LLC, et qu'il existait un traitement.
Le traitement a donc duré plus d'un an et ça
s'est calmé.
Le psychisme en prend un coup et puis il y a aussi
le physique : la fatigue, on se sent épuisé,
on a des maux de têtes, etc.
Racontez-nous comment vous avez fait connaissance
et comment vous en êtes venus à suivre
votre traitement ensemble.
Renée : On a fait connaissance dans la
salle d'attente aux moments des consultations, et puis
après on s'arrangeait pour prendre nos rendez-vous
aux mêmes dates. On se retrouvait et on échangeait
nos impressions.
C'est rassurant d'avoir l'avis de quelqu'un d'autre,
de savoir comment il se porte puisqu'il est traité de
la même façon.
Pierre : C'est le professeur qui nous suivait
qui nous a poussés à rester en contact.
On se voyait tous les mardis lorsqu'on faisait nos
piqûres à l'hôpital, et puis ensuite
on s'appelait de temps en temps.
Qu'aimeriez-vous dire aux autres personnes
atteintes de la LLC ?
Pierre : D'abord ce qu'il faut leur dire c'est
qu'ils ne s'inquiètent pas. Car la première
réaction du malade c'est de penser à d'autres
types de leucémie, qui sont elles aigues. C'est
primordial de signaler aux gens qu'il existe d'autres
types de leucémies.
Renée : Il faut garder espoir. Moi je
suis en pleine forme. Je n'avais pas arrêté mon
travail pendant le traitement. Ça a été difficile
mais maintenant je profite pleinement de ma retraite.
Je fais plein de choses, je me sens très bien
et je vis tout à fait normalement. Et j'espère
que ça va durer longtemps !
Qu'est-ce que cela vous a apporté de
rencontrer une autre personne atteinte de la même
maladie ?
Renée : On s'est posé des questions
sur notre état de santé, sur la façon
dont on supportait le traitement, comment on se sentait.
C'est un grand soutien de pouvoir parler à quelqu'un
qui a la même chose, qui ressent la même
chose. C'est très important car on se sent isolé au
début. Le mot leucémie fait très
peur mais cela se supporte très bien avec le
traitement. [.] Ce que voudrais ajouter, c'est que
même si je fais une rechute un jour, je réagirai
encore au traitement. Ça se traite, c'est une
maladie comme une autre qui se soigne.
Pierre : C'est important de garder le moral, ça
fait partie de la réussite, et c'est pour ça
que ça aide de pouvoir parler avec quelqu'un
qui a la même maladie. Il ne faut pas rester
seul avec sa maladie. Quand on retrouve des gens, c'est
bénéfique.